10/10/2006

des musulmans avec le pape

Contributeurs Spécialisés
Des musulmans appuient Benoît XVI, Laurent Dandrieu
"La tension retombée, des voix musulmanes se font entendre pour appeler l’islam à clarifier sa relation à la violence."
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Texte repris de Valeurs Actuelles n° 3644, du 29 Septembre 2006

Et si, au bout du compte, les propos de Benoît XVI à Ratisbonne, loin de laisser derrière eux « un champ de ruines diplomatiques », comme certains l’avaient annoncé hâtivement, avaient produit un choc salutaire obligeant certaines parties de l’islam à engager une véritable réflexion sur son rapport à la violence ? En tout cas, après le trouble suscité dans le monde musulman par ces quelques phrases, le Vatican n’aura pas mesuré ses efforts pour faire retomber la tension. Après les éclaircissements du pape lors de ses différentes interventions, après l’envoi en mission des nonces apostoliques auprès des gouvernements des pays à majorité musulmane, Benoît XVI a reçu à Castel Gandolfo, le 25 septembre, les ambassadeurs de ces pays à Rome pour explorer devant eux « les voies de la réconciliation ».

En français (une version arabe a été aussitôt diffusée par le Vatican), le pape leur a redit « toute l’estime et le profond respect qu’(il) porte aux croyants musulmans » et la nécessité impérative d’un dialogue « sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie ». Nul mea culpa donc, mais la réaffirmation tranquille de l’exigence de sincérité et de vérité sans laquelle il n’est pas de dialogue fécond.

Et de fait, si des violences antichrétiennes ont continué d’éclater en divers points du globe (une dizaine d’églises ont été, par exemple, incendiées au Nigeria, le 20 septembre), si un certain nombre d’islamistes persistent à répondre au pape par l’invective, comme ce congrès d’intellectuels musulmans réunis à Lahore (Pakistan), le 21 septembre, qui ont réclamé le « renvoi » (sic) du pape, quelques réactions montrent que les propos de Benoît XVI ont, d’ores et déjà, commencé à faire bouger les lignes.

C’est Mario Scialoja, conseiller de la Ligue musulmane mondiale en Italie, qui déclarait, le 18 septembre, à Radio Vatican, que « l’appel du pape à l’usage de la raison est extrêmement opportun ». Au nombre de ceux qui pensent que l’islam a une réflexion à mener sur ce terrain figure l’ancien président sénégalais, Abdou Diouf. « Nous qui sommes musulmans, a-t-il déclaré à l’AFP le 20 septembre, nous devons montrer que nous sommes des hommes de foi et de raison et non pas des hommes de violence. » Démonstration d’autant plus urgente, selon lui, que les violences antichrétiennes de ces derniers jours ont semblé prouver l’inverse : « À ce moment-là, on va dans le sens de ce que dit cet empereur de Byzance » (cité par Benoît XVI). Quant au ministère afghan des Affaires étrangères, il a approuvé « l’appel de Sa Sainteté à un dialogue approfondi ». Dans la presse des pays musulmans, nombre d’éditorialistes, comme celui du Daily Times (Pakistan), ont souligné qu’« au lieu d’exploiter ses déclarations à des fins politiques, les oulémas musulmans auraient plutôt intérêt à formuler une réponse dans l’esprit de son discours ».

Même approche pour l’intellectuel suisse, Tariq Ramadan. Dans une tribune publiée le 20 septembre par le quotidien genevois Le Temps, tout en n’approuvant pas « l’approche réductrice » du pape sur l’islam, il a dénoncé « l’utilisation politique » des réactions des foules musulmanes, notant que « certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires », et déplorant que « ces masses en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat pas chez les musulmans ».

Or, a-t-il ajouté, « est-il sage que les musulmans […] fassent mine d’oublier que, depuis cinq ans, ils sont quotidiennement questionnés sur le sens du djihad et de l’usage de la violence ? » Sur les rapports entre foi et raison, le petit-fils du fondateur des Frères musulmans a noté que « l’islam qui ne connaîtrait pas cette relation à la raison serait, en somme, étranger à l’identité européenne ».

Quant aux Frères musulmans, tout en réagissant avec violence aux propos de Benoît XVI, ils n’en ont pas moins réclamé une « discussion académique » sur le fonds théologique des propos du pape. Décidément, celui-ci a bel et bien mis l’islam au pied du mur.
 
Laurent Dandrieu
 
© Valeurs Actuelles
 
Mis en ligne le 05 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

15:41 Écrit par la vraie sioniste dans lutte contre le terrorisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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